Annabelle vient de finir ses études et cherche un travail. C’est une « bosseuse » comme l’indiquaient plusieurs de ses professeurs à l’école. Elle a des capacités, mais elle ne les exploite pas. Annabelle y veut bien y croire, mais elle doute : tout ce qu’elle entreprend devient difficile. Elle doit y mettre tellement d’énergie. Voir d’autres, comme ses amis, réussir si facilement lui donne un sentiment de jalousie.

Elle a l’impression de tout rater, ou tout moins, de ne pas réussir vraiment. « La réussite c’est plus pour les autres » pense-t-elle : sur une bonne centaine de CV envoyés pour sa recherche d’emploi seulement 3 entretiens. Beaucoup de refus et toujours rien. Alors que sa copine Camille a été embauchée dès le premier entretien pour un super poste dans une agence de tourisme. « Et dire qu’elle n’a envoyé qu’une dizaine de CV » peste intérieurement Annabelle.

Que se passe-t-il chez Annabelle ? Ses parents s’inquiètent. Ils font ce qu’ils peuvent pour la soutenir.

Est-elle vraiment maudite ?  S’il ne lui arrive pas de catastrophe, le succès semble, chez elle, aux abonnés absents. Elle commence en être de plus en plus intimement convaincu. Le sentiment de devoir faire bien plus que les autres pour obtenir peu ne la lâchera pas.

Que peuvent faire ses parents pour l’aider ? Quelles erreurs doivent-ils éviter ?

 

Par Bruno Hourst et Jean-François MICHEL ( Auteur « Les 7 profils d’apprentissage » Ed.Eyrolles 2005, 2013 et 2019 )

Le problème d’Annabelle est qu’elle souffre d’un manque criant d’estime d’elle-même.

L’estime de soi est aussi importante voire plus que les diplômes pour réussir dans sa vie professionnelle et personnelle. Un manque d’estime de soi entraîne le doute, une forme d’auto sabotage, un mal-être. Un manque d’estime de soi est un frein majeur à l’exploitation de ses capacités. L’estime de soi se construit principalement durant l’enfance.

Qu’est-ce que l’estime de soi ?

L’estime de soi est une perception de soi-même qui s’octroie de la valeur. L’individu ayant une bonne estime de lui-même se reconnaît comme un être unique et important. Mais pas que : il reconnaît ses qualités et ses limites, en s’appréciant et en s’acceptant tel qu’il est.

L’estime de soi est constituée de 3 éléments :

  • l’amour de soi,
  • l’image de soi,
  • et la confiance en soi.

Vous l’aurez compris, l’estime de soi influence toute notre vie via nos pensées, nos croyances et donc au final nos actions.

Voici quelques conseils aux parents.

Cultiver les « mémoires de succès »

Si un enfant refuse d’essayer de faire quelque chose parce qu’il n’est pas certain de réussir, il ne saura jamais s’il aurait été capable de faire cette chose. Dans ce refus, il s’appuie en général sur des « mémoires d’échecs » qui ont été sanctionnés dans le passé. L’enfant (comme l’adulte…) ne peut réussir quelque chose que parce qu’il se souvient d’avoir réussi quelque chose d’équivalent dans le passé : ce que l’on appelle les « mémoires de succès ».

Il ne s’agit pas forcément de grandes choses, comme d’avoir été premier à un contrôle de mathématiques ou d’avoir réussi à Jongler devant 300 personnes : cela peut être de toutes petites choses, des petites victoires qui donnent ce sentiment intense d’avoir bien réussi, et qui ont été pour l’enfant ou l’adolescent de grandes victoires : la première fois que nous avons fait du vélo sans petites roues, ou cette fois-là où nous avons failli battre au tennis quelqu’un de bien meilleur que nous, ou une partie d’échecs où nous avons été bien concentré, ou ce devoir de français où nous avons eu 16/20, etc.

D’une manière inverse, certains parents et enseignants) relèvent plus souvent les fautes que les réussites, imposent l’idée que la réussite est « normale » (donc on n’en parle pas) et l’erreur « anormale » – en y ajoutant parfois l’idée moralisatrice qu’il n’est pas bon de se vanter, qu’il faut développer la modestie chez les enfants. Ce refus de reconnaître les succès n’aide ni à faire grandir, ni à enraciner la confiance en soi et l’estime de soi de l’enfant.

L’enfant (puis l’adulte) risque de développer ce que les psychologues appellent le syndrome de l’imposteur [1] : tout échec est normal, toute réussite est anormale (due à la chance, ou au hasard, ou à une intervention extérieure).

Au parent (et à l’enseignant), donc, de rappeler régulièrement à l’enfance succès passés, fondements de ses succès futurs. Et il faut parfois créer ou saisir les occasions : enfants comme adultes, nous avons’ tous envie de parler de nos succès, mais nous n’avons pas forcément des occasions de le faire. Faire un lien entre une action présente et un succès passé permettra à l’enfant d’aborder avec plus de confiance Ia nouveauté.

Mais attention : comme en toute chose, il y a une juste mesure à garde dans la reconnaissance des réussites et des succès de l’enfant ; et il faut que ce soient des succès et des réussites qui ont eu du sens pour lui.

Aider votre enfant à être visible

Qui n’a pas eu, un jour ou l’autre, ce sentiment désagréable d’être « invisible » aux autres ? Dans certaines occasions, nous savons pertinemment que nous pouvons participer ou apporter quelque chose, mais nous n’existons pas, personne ne s’intéresse à ce que nous pouvons dire, penser, sentir ou faire.

C’est un sentiment qui est courant chez beaucoup d’enfants, à la maison ou à l’école, lorsqu’ils pensent (à tort ou à raison) qu’ils « n’existent pas » pour leur parent ou un enseignant. C’est pourquoi il est important d’aider son enfant, par des moyens positifs, à se rendre « visible », à lui-même comme aux autres.*Cette visibilité psychologique est importante pour développer l’estime de soi, et permet d’éviter chez l’enfant ou le jeune des comportements dérangeants ou destructeurs : comportements d’exclusion volontaire par rapport à un groupe (on refuse de participer), violence vis-à-vis de soi ou des autres (pour se faire remarquer), appartenance à des groupes aux règles douteuses (pour rechercher une reconnaissance), etc.

Pour aider votre enfant à « devenir visible », voici différentes pistes [2]

appelez régulièrement à votre enfant des succès passés. Les « mémoires de succès », dont nous parlions ci-dessus, aident également l’enfant à devenir visible. Trouvez ou provoquez l’occasion de noter ces succès et ces réussites sous une forme visible, par exemple en créant un « panneau à succès », une « boîte à succès » ou un « dossier des succès », et en y revenant en cas de difficulté ou de passage à vide de l’enfant.

Nous voulons tous être remarqués


Lorsque l’on a des problèmes avec un enfant, il faut s’assurer que l’on sait ce qu’il aime faire et ce à quoi il est vraiment bon. Et lui faire comprendre que vous le savez, par des moyens très concrets. N’importe quel parent peut dire : « Je t’aime, mon chéri. » Mais quand vous lui demandez : « Comment va ton élevage de hamsters ? », ou : « À quel niveau de Prince of Persia tu es arrivé ? », cela prouve que vous connaissez bien votre enfant. Nous voulons tous être remarqués.

Quelques comportements à adopter

> Dites-lui ce que vous appréciez chez lui. Proposez à votre enfant (lors d’une situation particulière : anniversaire, ou lors d’une passe difficile qu’il traverse) que vous, votre conjoint ou d’autres personnes de la famille, disent ou écrivent ce qu’ils apprécient chez lui. Il constatera ainsi que ses parents (et d’autres personnes autour de lui) remarquent, apprécient et respectent chez lui des tas de choses dont lui-même ne s’était pas rendu compte. Cela a beaucoup de force.

> Demandez-lui de vous apprendre des choses dans les domaines qui l’intéressent. Par exemple, même si vous détestez la musique qu’il écoute, que cela ne vous empêche pas de lui demander à l’occasion de vous en parler, comme si vous vous y intéressiez vraiment. Et vous constaterez souvent que, lorsque vous faites semblant de vous intéresser ne serait-ce que quelques instants à un sujet quelconque, vous commencez à vous y intéresser pour de bon.

> Donnez-lui des « signes de reconnaissance » clairs et constructifs. Nous verrons ci-dessous qu’il y a différentes manières, positives ou destructrices, de « reconnaître » les actes de son enfant. Ces signes de reconnaissance peuvent aider l’enfant à devenir visible – ou peuvent l’en empêcher.

> Aidez-le à faire des listes de choses positives. Un jour où votre enfant est disponible de corps et d’esprit, ou bien lorsque vous sentez qu’il traverse une passe où ses échecs tiennent une place envahissante, demandez-lui de faire progressivement trois listes :

Les 3 listes

1. D’abord, demandez-lui de prendre une feuille et d’écrire (ou bien de vous dicter, si c’est vous qui écrivez) une liste de tout ce qu’il fait par plaisir. Nous avons presque tous une vague idée de ce que nous faisons par plaisir mais quand on en fait concrètement la liste, on arrive à se rendre plus visible à soi-même. Pour certains enfants, ce sera difficile au début.

L’enfant indiquera par exemple « manger, nager, dormir », mais avec le temps, la liste s’allonge et se précise («j’aime manger, nager, faire de la bicyclette regarder la télévision après avoir fini mes devoirs, collectionner des insectes jouer a la marelle, feuilleter des atlas, manger des caramels ») Cette prise de conscience va pousser l’enfant à créer plus d’occasions dans sa vie, à faire des choses qui lui font plaisir, à trouver des façons plus ingénieuses de prendre plaisir à ce qu’il fait. Cela peut pousser également à transformer des activités non plaisantes en des activités plaisantes : il existe bien souvent des moyens concrets de trouver plus de plaisir à tout ce que l’on fait.


2. Ensuite, proposez-lui de faire une seconde liste avec ce qu’il sait bien faire (du plus simple aux actions compliquées, subtiles inhabituelles).

Là encore, il aura peut-être quelques difficultés au début, et il faudra ‘aider a voir dans sa vie tout un tas de petites et grandes activités qu’il fait bien. Par exemple, tel enfant pensera peut-être qu’il n’est « bon à rien » et puis, à y réfléchir, il se rendra compte qu’il est doué pour organiser des jeux pendant la récréation, s’occuper des chats abandonnés faire des gâteaux au chocolat, calmer sa petite sœur quand elle pleure’ réparer l’ordinateur de sa maman, faire des sandwichs au thon – qui sait ?

Souvent les enfants ont une mauvaise image d’eux-mêmes parce qu’ils ne sont pas bons dans les matières scolaires. Pourtant ils sont très doués pour faire certaines choses très compliquées, subtiles et inhabituelles. Il faut les aider à en prendre conscience.

3. Puis proposez-lui de faire une troisième liste de toutes les victoires qu’il a pu remporter. Ces succès et ces victoires, comme nous l’avons vu plus haut, seront, selon les cas, modestes ou grandioses. Ce ne sera pas nécessairement être premier en classe dans toutes les matières, ce sera peut-être simplement : faire traverser une vieille dame au feu rouge ; changer la couche de son petit frère sans qu’il pleure ; faire une partie de Monopoly Jusqu’au bout.

Valoriser les compétences plutôt que les notes

L’école, à travers un système de notes fondé sur la mythique moyenne de 10/20, apprend à l’enfant que faire les choses à moitié est un résultat acceptable et même souhaitable, idée qu’il risque de conserver toute sa vie, à son détriment. Difficile d’ailleurs pour lui de faire autrement : par exemple, d’après les spécialistes, aucun adulte (aucun !), aussi brillant soit-il, ne possède l’ensemble du programme de la classe de seconde.

Plutôt que de « jouer le jeu » de ce système de notes, il est beaucoup plus formateur et enrichissant pour la personnalité de l’enfant (ou du jeune) de valoriser des compétences qu’il a acquises, de remarquer qu’il est capable de faire correctement telle ou telle chose. Cette notion de « compétence acquise » est entrée dans la démarche de l’école primaire, puis se perd lors des études secondaires, pour (parfois) réapparaître dans les centres d’apprentissage sous forme de certifications.

Valoriser les compétences, cela peut aussi s’appliquer au milieu familial, surtout si l’enfant a des difficultés à l’école (de « mauvaises notes » !) : le parent pourra s’attacher à montrer régulièrement à l’enfant ses compétences, dans des domaines très variés : faire tel plat, réparer l’ordinateur, accueillir des visiteurs, fabriquer des machines en Lego qui fonctionnent, écrire des poèmes bien rimes, faire des photos bien cadrées, etc.

Inversement, si le parent ne juge des « compétences » de son enfant qu’à travers ses résultats scolaires (qu’ils soient d’ailleurs bons ou mauvais), il rétrécit l’ensemble des compétences possibles que l’enfant peut développer.

Par Bruno Hourst et Jean-François MICHEL ( Auteur « Les 7 profils d’apprentissage » Ed.Eyrolles 2005, 2013 et 2019 )

[2] Le terme est inventé par les psychologues cliniques Pauline Rose Clance et Suzanne A. Imes en 1978 : Le complexe d’imposture, ou, Comment surmonter la peur qui mine votre réussite, Pauline Rose Clance, édition Flammarion (1986) : https://editions.flammarion.com/Catalogue/hors-collection/le-complexe-d-imposture

Les personnes atteintes du syndrome de l’imposture, rejettent plus ou moins  le mérite lié à leur travail. Ils attribuent le succès de leurs initiatives à des éléments extérieurs (la chance, un travail acharné, leurs relations, des circonstances particulières)

[2] D’après Jon Pearson, dans Drawing on thé inventive mind : Exercises in thinking, lanquaae and self-esteem

 

 

 

Bibliographie de Bruno Hourst

– Au bon plaisir d’apprendre. Bruno Hourst. InterEditions, 1997-2008.

– Former sans ennuyer : Concevoir et réaliser des projets de formation et d’enseignement. Bruno Hourst. Editions d’Organisation, (2007).

– Modèles de jeux de formation : Les jeux-cadres de Thiagi. Bruno Hourst et S.Thiagarajan. Editions d’Organisation, (2007).

– À l’école des intelligences multiples. Bruno Hourst. Hachette Education, juillet 2006.

– Aidez votre enfant à mieux apprendre. Bruno Hourst. Eyrolles, janvier 2008.

– Management et intelligences multiples : La théorie de Gardner appliquée à l’entreprise. Bruno Hourst. Dunod, octobre 2008


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