Imaginez, vos élèves retenir votre cours facilement. Plus besoin de se répéter. Fini la frustration de constater que nombre d’élèves n’ont finalement rien retenu de ce que vous avez dit et redit ! Est-ce possible ? Ou simplement une chimère ? J’ai une bonne et mauvaise nouvelle : la bonne nouvelle est que cela est possible. La mauvaise est que cela ne se fait pas sur un claquement de doigts.

Pour cela, je vais vous expliquer le processus de l’oubli. Oui ! Vous avez bien compris. Vous me direz : « Mais, Jean-François, ce qui m’intéresse c’est la mémorisation ». La mémorisation est l’oubli vont de pair. L’erreur est d’oublier cet aspect. Je sais cette idée est contre-intuitive. Mais, curieusement plus vous luttez contre l’oubli, plus vous oublierez. Pourquoi ? Car l’oubli est un processus de survie inconscient. Vous le refoulez, il revient au galop et plus fort. J’imagine que vous avez du mal à le concevoir. Alors, imaginez les moments difficiles de votre vie. Que cherchez-vous à faire en premier : les oublier pour passer à autre chose. Surtout quand on traverse une phase de deuil par exemple (deuil d’une relation, d’une situation, d’un être cher…).

Pareillement lorsque l’on a vécu des évènements traumatisants qui, non oubliés, se manifestent en phobies. On essaie par-dessus tout de les oublier.

 

Article et texte : Jean-François MICHEL (Auteur « Les 7 profils d’apprentissage » Éditions Eyrolles 2005, 2013 et 2019)

Le cerveau a besoin de faire un tri pour ne retenir que ce qui est important. Pour Robert N. Kraft, professeur de psychologie cognitive à l’université de Otterbein, « Les recherches sur la mémoire et les écrits journalistiques ont trop mis l’accent sur la mémoire. Les situations dans lesquelles nous concentrons notre attention sur le souvenir sont en réalité très limitées: étudier pour un examen, préparer une présentation, essayer d’apprendre les noms des personnes. Dans la vie de tous les jours, nous ne nous préoccupons pas d’apprendre par cœur les détails de ce que nous faisons. Nous nous concentrons simplement sur ce que nous faisons » [1]

À quelle vitesse oublie-t-on ?

À l’issue de 20 minutes de cours, l’élève oublie 42% de ce qu’il a appris. Sans réactivation des connaissances, 24 heures plus tard ce sont près de 66% des connaissances enregistrées qui disparaissent et 75% au bout d’une semaine seulement. Ce sont les résultats d’une étude du célèbre psychologue allemand Hermann Ebbinghaus. La mémorisation n’est pas quelque chose de linéaire pour autant.

La Courbe de l’oubli

La courbe de l’oubli ou courbe d’oubli est une hypothèse formulée par le psychologue allemand Hermann Ebbinghaus sur le déclin de la mémorisation dans le temps.

Cette courbe montre combien l’information apprise se perd avec le temps quand celle-ci n’est pas utilisé ou travaillée (se remémorer l’information). Cette courbe peut aussi se relier au concept dit de la force de la mémoire. En résumé, la mémoire et la faculté de mémorisation d’un individu à tendance à croitre avec l’exercice et le travail de la mémorisation. Bref plus vous êtes habitué à apprendre, plus il est facile pour vous de mémoriser et de vous souvenir ce que vous avez appris.

Pour en revenir à la courbe de l’oubli Hermann Ebbinghaus, celle-ci vise à montrer que les humains ont tendance à réduire de moitié leur mémoire de toutes nouvelles connaissances acquises avec le temps. Sauf si ces personnes se « remémorent »consciemment ces nouvelles connaissances apprises soit par des exercices de mise en pratique soit par un travail de remémorisation ou de révision.

La courbe de l’oubli indique donc que vous pouvez vous remémorer environ 60% d’un contenu d’un cours après 20 minutes seulement. Il vous restera plus que 50% au bout d’une heure et un peu plus de 30% au bout de 9 heures. Cela revient à dire que si vous êtes en formation ou à l’école, vous ne reteindrez que 30% du contenu du cours dès le lendemain.


Donc, si vous êtes étonné du peu que vous retenez dans un cours ne blâmez pas votre supposée « mauvaise » mémoire. L’oubli est un processus tout à fait normal.

Sachez qu’il n’y a pas de miracle : si vous ne réactivez pas votre savoir, il tombera dans le royaume de l’oubli. Voici quelques astuces pour conserver en mémoire ce que vous apprenez.

Une application immédiate

Si vous suivez une formation, vous devez appliquer le plus rapidement possible ce que vous apprenez. Idéalement, appliquez dans la journée qui suit. Si vous comptez sur vos notes et sur les supports pour une application dans 1 mois ou plus de votre formation, vous allez vers de fortes désillusions. Non seulement vous vous souviendrez de guère plus de 15 %, mais vos notes seront trop imprécises bien souvent pour retrouver le savoir exact.

Si vous voulez suivre une formation, planifiez-la en sachant qu’immédiatement après vous pourrez la mettre en application. Bien entendu, cette méthode ne convient guère aux écoliers ou aux étudiants en cycle du supérieur. Pour eux le plus efficace ce sont les révisions à intervalles réguliers.

 

Des révisions régulières

Des révisions régulières par des exercices ont le mérite de faire le rappel des connaissances et de les ancrer dans la mémoire à long terme. Pour qu’ils soient efficaces, ces exercices doivent être faits immédiatement après le cours. Puis ensuite refait à des espaces plus espacés dans le temps durant l’année scolaire. Toute la difficulté est de rester motivé à faire ces exercices. Les nouvelles connaissances dispensées des cours suivants ont vite fait de faire oublier que les anciennes doivent être réactivées..

Conclusion : L’oubli est plus important qu’il n’y paraît dans le processus de mémorisation. Compte tenu de la faiblesse de notre mémoire de court terme, il convient de se concentrer sur l’essentiel pour mieux apprendre plutôt que de se focaliser sur les détails. Avis à ceux qui sont de profil type « perfectionniste ».

L’outil des cartes mémoire ou flashcards de Sebastian LEITNER

Sebastian LEITNER [2], journaliste autrichien passionné par l’apprentissage des langues étrangères et la pédagogie, constate que la méthode traditionnelle de révision de vocabulaire par une liste de mots présente un gros désavantage : c’est qu’à chaque fois il y a du vocabulaire déjà appris et mémorisé qui est revu. D’où une perte de temps et une perte d’efficacité : on sollicite la mémoire pour des mots qui sont déjà connus.

Enfin il constate que la méthode traditionnelle de révision par la liste de vocabulaire n’est pas du tout motivante. Rien qu’à la vue de la longue liste de mots à apprendre, c’est décourageant.

D’où un nouveau système de révision de vocabulaire que l’on appelle les cartes mémoires ou « flashcards » en anglais.

Prenons l’exemple de l’apprentissage d’une langue étrangère comme l’anglais.

Au lieu de faire une liste de vocabulaire à apprendre, il suffit de mettre chaque mot, chaque vocabulaire à apprendre sur une carte. Derrière sa traduction à connaître.

Ensuite, construisez une boîte à 5 compartiments. Le premier est d’une petite taille, le deuxième un peu plus grand, le 3ème encore un peu plus grand, le 4ème encore un peu plus grand puis le 5ème.

Mettez vos premières cartes dans le premier compartiment. Puis révisez les cartes une à une. Si le mot de la première carte est connu, mettez-la dans le 2ème compartiment. Si vous vous trompez, donc vous ne connaissez pas votre mot, vous remettez cette carte dans le 1er compartiment en dernier. Quand le 1er compartiment se vide, rajoutez des cartes au fur et à mesure qui se placent à l’arrière. Quand le 2ème compartiment est plein, prenez la première carte. Si vous avez la bonne réponse, mettez là dans le 3ème compartiment. Si vous ne savez pas, mettez là de nouveau dans le premier compartiment. Quand le 3ème est rempli, faites de même. Et ainsi de suite jusqu’à remplir le 5ème compartiment.

 

Quand vous avez rempli vos compartiments, parfois vous serez amené à réviser le 1er, le 2ème. et le 3ème.

Bien entendu si vous avez peu de vocabulaire à apprendre vous pouvez réduire la taille des compartiments ou leur nombre (au lieu d’en faire 5, faites-en 3 par exemple).

Le mieux est d’acheter une petite une boîte de cartes dans le commerce qui se referme et que vous pouvez donc transporter. Lorsque vous avez 1 ou 2 min de pause, vous pouvez en profiter pour apprendre. Vous gagnez du temps. Sur le parcours de l’école ou lorsque vous attendez le bus, le tram ou le métro, profitez-en pour réviser vos cartes. Il est possible aussi d’utiliser des enveloppes pour le transport : pour le premier compartiment une enveloppe. Pour le deuxième compartiment, une deuxième enveloppe, etc. Bref vous connaissez le principe et vous pouvez être créatif. L’essentiel est de faire un système à compartiments et qui vous convienne. Il n’y a pas de règle pour la taille des compartiments et leur nombre.

Vous pouvez également utiliser des applications. Certaines sont gratuites et d’autres, qui offrent plus d’options, sont payantes.

Sur votre parcours quotidien pour aller à l’école par exemple, essayez de réviser 10 cartes à l’aller, et 10 cartes au retour. Cela fait 20 cartes révisées chaque jour et 140 en une semaine (si vous le faites aussi le weekend)! Bien plus efficace et agréable que si vous vous y preniez au moment des contrôles continus ou des examens pour apprendre.

 

L’apprentissage et la mémorisation avec les cartes mémoire ou « flashscards » vous pouvez apprendre autre chose que du vocabulaire pour les langues étrangères. Il est possible d’apprendre du vocabulaire économique, des formules de mathématiques, des règles de grammaire… Bref ! Presque tout ! Bien entendu au lieu de mettre la traduction, vous mettez la définition ou l’explication.

 

Qu’est-ce que les « Flachcards » ou les cartes mémoire ?

(Une méthode inventé par Sebastian Leitner)

 

 

Article et texte : Jean-François MICHEL (Auteur « Les 7 profils d’apprentissage » Éditions Eyrolles 2005, 2013 et 2019)

[1] Dr. Robert N. Kraft Why We Forget The benefits of not remembering Psychology today juin 2017 https://www.psychologytoday.com/us/blog/defining-memories/201706/why-we-forget

Voir son ouvrage : Dr. Robert N. Kraft Memory Perceived: Recalling the Holocaust (Psychological Dimensions to War and Peace) 2002 Edition Praeger

[2] Sebastian Leitner «So lernt man lernen: Der Weg zum Erfolg » Edition Herder 2000 (3ème edition).

One Comment

  1. Méthode intéressante à tester néanmoins la première qualité est la motivation à apprendre !!

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