Texte : Jean-François MICHEL

( Auteur « Les 7 profils d’apprentissage » Ed.Eyrolles 2005, 2013 )

Voici Nathalie, lycéenne en première. Il y a ce bac de français à la fin de l’année scolaire. Elle communique sa peur à ses parents : « Je suis nulle en français.  Je n’ai jamais réussi à faire une dissertation correctement ! Je vais probablement échouer à l’examen». En tant que parents, vous avez certainement vécu cela où votre enfant exprime son angoisse ainsi.

Quel est le problème avec Nathalie ? Elle décrète : « Je suis nulle en français, donc je vais échouer à l’examen. » Elle se coupe les ailes avant même d’essayer de commencer. L’effet Rosenthal (ou l’effet pygmalion) [1] joue à plein. Se pensant nulle en français que se passera-t-il ? Elle échouera. C’est la prophétie autoréalisatrice.

Erreur : vouloir convaincre en donnant des conseils

Le réflexe de tout parent est d’encourager, de donner des conseils à son ado. Du genre :

« Tu vas y arriver ! Tu es intelligente. »

« Mais si, le français c’est simple et facile. »

Etc.

Sachez que c’est la pire des méthodes. En plus totalement inefficace. Pourquoi ?

Ici ce sont des injonctions conscientes qui se heurtent au schéma de pensée de Nathalie, à savoir, ses convictions (certes destructrices).  Avez-vous déjà réussi à faire changer d’avis une personne qui était convaincue d’une chose ? Je ne pense pas ! Ici, c’est la même chose.

S’ils insistent, les parents de Nathalie passeront pour des donneurs de leçons. Rien de plus désagréable surtout pour un adolescent en pleine construction de sa personnalité. Et avec un résultat inverse à celui recherché.

Comment faire ? Avant cela, essayons de comprendre pourquoi Nathalie pense ainsi. Notez qu’elle a un problème avec une seule matière : le français. Elle est arrivée jusqu’en première. On ne peut pas dire qu’elle est en situation d’échec. Mais elle peut le penser.

Le biais cognitif de représentativité ou la tendance à généraliser

Notre cerveau, parfois, nous joue des tours : il nous donne une fausse perception de la réalité, via un processus cognitif troqué. Ce sont les biais cognitifs ou encore appelés biais psychologiques.

Revenons à Nathalie : elle est tout simplement victime du biais cognitif de représentativité : c’est la propension à généraliser [2]. Ne lui jetons pas la pierre. Il est difficile de résister, du moins immédiatement,  à ce biais. Nous avons tous tendance à généraliser.

Le cerveau interprète et a besoin d’aller vite. Tout ce qui paraît rationnel, logique est déclaré comme juste. D’où des généralisations même si c’est faux. Voici un petit exercice :

Savez-vous qu’il a été montré que les schizophrènes chaussent de 42! Maintenant je vous pose la question : quel est votre pointure ? Quand je fais cet exercice en formation, beaucoup déclare « Je ne fais pas du 42! » Peut être vous aussi vous vous dites la même chose sur le moment. Voilà une belle généralisation. Si les schizophrènes chaussent de 42, une personne chaussant du 42 n’est pas pour autant schizophrènes. La réciproque est fausse, mais pas pour votre cerveau qui, lui, généralise. 

Ce biais de représentativité  a été illustré par l’histoire de  Tversky et Kahneman en 1983 que vous trouverez en bas de cet article [3].

Si vous n’avez pas conscience de ce biais cognitif de représentativité, vous interprétez fort mal les complaintes de votre enfant. Car ce biais ne joue pas seulement  chez les ados, mais chez tout le monde : vous, moi…

Généralisation et émotions négatives fortes

La généralisation associée à une émotion négative forte peut être particulièrement problématique. C’est ainsi que se met en place  une réaction phobique.

Imaginez : vous passez devant une propriété. Un gros chien noir vous fonce dessus en aboyant. Vous êtes effrayé ! Vous devez votre salut qu’a la clôture devant laquelle s’arrête ce chien menaçant. Vous avez eu très, très peur. Malheureusement, votre cerveau aura fait la généralisation : tous les gros chiens noirs sont dangereux.Vous connaissez l’expression – « chat échaudé craint l’eau froide. »

Pour comprendre le mode de fonctionnement de Nicolas, un ado de 13 ans regardons son profil d’apprentissage . Imaginez qu’il ait un profil d’identité du type « intellectuel ». Il a besoin de réfléchir avec une tendance à se replier pour être tranquille, car ce processus de réflexion demande de l’énergie. D’où cette image, bien fausse, d’un ado réservé, voire timide et froid.

L’oral n’est pas son fort. Il parle peu (il réfléchit avant de parler). S’il se rate (selon lui) il aura tendance à généraliser : « je suis nul en exercice oral.» Et tant pis s’il a connu des expériences où il a réussi. Ne vous étonnez pas alors s’il se retranche dans une forme de mutisme.

Les ados ayant un profil d’identité de type émotionnel sont aussi concernées. S’ils n’ont pas de problème à l’exercice oral (bien au contraire), leurs émotions sont souvent multipliés.Cela peut aller dans le bon sens pour les émotions positives comme dans le mauvais pour les émotions négatives.  Associés au biais cognitif de la représentativité, ils peuvent faire des blocages quand l’émotion est particulièrement négatives. Un blocage par rapport à une matière ou par rapport à une personne  (surtout s’ils ont un profil de motivation « avec qui »).

 

Cette généralisation associée à une émotion négative forte pose davantage de problèmes pour les enfants plus jeunes. Leur cerveau est en pleine évolution. Ils prennent tout au premier degré. Ils n’ont pas la capacité à prendre du recul comme les adultes. À leur âge, ils ont du mal à discerner la réalité de la fiction. Des événements négatifs associés à une forte émotion (surtout pour les enfants d’un profil émotionnel) peuvent développer  plus facilement ces blocages, voire même une réaction phobie. Il ne s’agit pas de surprotéger non plus. Simplement d’être conscient de ce qui peut se passer.

Revenons a Nathalie. Comment devraient agir ses parents ? Pour aller contre le bais de généralisation, l’esprit de Nathalie doit avoir une autre vision plus réaliste et aidante de la situation. Cela par un recadrage « reframing » en anglais en utilisant le langage de précision et en faisant la guerre à tout terme ou mot de généralisation

Les mots et expressions ennemies et les questions de précisions

Cas n°1 – Nathalie se dévalorise

Nathalie : « Je n’y arriverai pas. »

La maman de Nathalie : «  Comment le sais-tu ? » 

Nathalie : « L’année dernière en seconde j’ai eu des mauvaises notes ».

La maman de Nathalie « Combien de mauvaises notes as-tu eues ? N’as-tu pas réussi certains devoirs de français ? » Le cerveau de Nathalie va dire « Euh ! En effet, je ne sais pas. »

Le doute va permettre de lever une partie ou la totalité du blocage.

Erreur à éviter: les affirmations d’encouragement

« Tu vas y arriver ! Tu es intelligente. »

« Tu devrais essayer! »

« Mais si, le français c’est simple et facile. »

Le cerveau de Nathalie va faire « Non, non, non…»

 

Cas n°2 – Nathalie a réellement de mauvais résultats, mais elle ne travaille pas.

Nathalie : « Je n’y arriverai pas. »

La maman de Nathalie : « As-tu beaucoup travaillé le français l’année dernière ? Penses-tu qu’avec l’assiduité de l’année dernière, tu pouvais avoir de bonnes notes ? »

Sa maman, laisse entendre à Nathalie qu’avec le travail fournit l’année dernière, les résultats ne pouvaient pas être autres.

Là, il faut laisser un blanc. Ou ne rien dire du tout. Laisser le cerveau de Nathalie à sa contradiction (le cerveau a besoin de cohérence). En 2 / 3 questions de précision, le cerveau de Nathalie est orienté vers les contradictions.  Son esprit doute. C’est à partir de là qu’une remise en cause est possible.

Erreur à éviter : la critique

« Comme tu n’a pas beaucoup travaillé en français l’année dernière, pas étonnant que tu es eu de mauvaises notes »

Là vous passez pour un donneur de leçons.

Je sais c’est difficile, car les affirmations sont un réflexe surtout face à ses enfants où le langage à l’impératif est la norme pour se faire obéir.

 

Les 2 termes de précisions

 

Apprenez à utiliser les 2 termes de précisions suivants

« Que veut dire A (la généralité) ? »

« Comment sais-tu que …? »

Exemple :

Nathalie : «  Je suis nulle en français. »

La maman de Nathalie : « Que veut dire nulle ? As-tu eu toujours de mauvaises notes ? Quel type de note as-tu eu ? » Vous voyez que le terme nul et généraliste et veut tout dire et rien dire à la fois.

Nathalie «  Mais si, je travaille en français. »

La maman de Nathalie : « Que veux dire travailler ? Combien de temps passes-tu sur cette matière par semaine ? »

Nathalie : « Je n’y arriverai pas. »

La maman de Nathalie : « Comment le sais-tu ? Connais-tu le programme de première ? As-tu déjà fait une devoir pour te rendre compte que c’est difficile ? »

Ce qui est intéressant dans ce processus de recadrage avec ces 2 termes de précision, c’est que la discussion devient plus objective. Vous donnez une perception plus positive, plus motivante à votre enfant. L’effet sur l’état d’esprit peut être immédiat. Vous limitez également la source de conflit, car la critique est évitée pour revenir à des faits précis incontestables.

Jamais, toujours, on

Voilà 3 mots sources de généralité et qui oriente toute discussion vers un dialogue de sourds

« On m’a dit que … »

C’est qui « ON» ? Le professeur, un camarade ? Qui exactement ?

« Vous n’êtes jamais sympa avec moi ! »

Vraiment jamais ? Il n’y a pas des moments où au contraire j’ai été sympa et tolérante ?

« C’est toujours de moi qui débarrasse la table. » 

Vraiment toujours ? Combien de fois ? N’y a-t-il pas eu des jours où au contraire c’est nous qui avons débarrassé la table ?

Trop / pas assez

Voilà les 2 derniers mots sources de généralité. Trop / pas assez. Pour clarifier et préciser, la solution est de dire « par rapport à quoi ? ».

« Vous êtes trop sévère avec moi.»

Là vous pouvez demander la précision sur le mot « sévère ». Que veut dire « sévère ? »

Trop par rapport à quoi ? Trop sévère par rapport à qui ?

« Papa, tu ne t’intéresses pas assez à ce que je fais ! »

Que veux dire pas assez ? Pas assez par rapport à qui ? Par rapport aux autres papas ? Peux-tu me donner un exemple de papas plus présent que moi ?

 

Vous voyez, quand utilisez les questions de précision, la perception du problème de votre ado change. Une solution est alors possible. Le processus de  précision et très utile dans la gestion des conflits. Il permet de les désamorcer, en levant les malentendus.

 

Pour résumer


.1/ Repérez les mots de généralité.

Jamais/ Toujours/ On/ Trop / Pas assez

.2/ Utilisez les expressions de précision comme

« Que veut dire A (la généralité) ? »

« Comment sais-tu que …? »

.3/ Les expressions de précision permettent un recadrage (reframing) pour donner une motivation et clarifier les malentendus (source de conflits potentiels)

..4/ L’utilisation des profils d’apprentissage permettent de clarifier les difficultés de l’élève. On passe du « je n’ai rien compris … » à « je n’ai pas compris tel point du cours. Selon mon profil d’apprentissage, j’ai besoin que vous m’expliquiez de telle façon …»

Pratiquez dès aujourd’hui et…. faites de votre mieux

 

 

 

Et vous ?

> Êtes-vous souvent victime du biais psychologique de représentativité ?

> Utilisiez-vous déjà le langage de précision ?

Indiquez vos réponses dans un commentaire (cela me permettra d’y répondre).

> Qu’est-ce que les profils d’identité ? Cliquez ici pour regarder la vidéo

 

Texte : Jean-François MICHEL

( Auteur « Les 7 profils d’apprentissage » Ed.Eyrolles 2005, 2013 )

 

[1] L’effet Pygmalion (ou effet Rosenthal & Jacobson) est une prophétie autoréalisatrice qui provoque une amélioration des performances d’un sujet, en fonction du degré de croyance en sa réussite venant d’une autorité ou de son environnement. Le simple fait de croire en la réussite de quelqu’un améliore ainsi ses probabilités de succès. Mais le contraire et aussi vrai. Il est appelé l’effet Golem.

 

[2] Biais de représentativité  est la tendance à fonder son jugement ou à prendre une décision en fonction d’un nombre limité de fait pour en faire une généralisation. L’exemple type : c’est à partir d’un cas particulier, faire une généralisation. Si vous avez croisé la route d’un gros chien noir menaçant, vous allez en déduire que tous les gros chiens noirs sont méchants, voire dangereux. Ce qui est statistiquement faux.

[3] Linda, 31 ans, est une étudiante très brillante. Elle est diplômée de philosophie. Elle s’est toujours montrée très préoccupée par les questions de discrimination et de justice sociale. Elle a participé à des manifestations antinucléaires dès qu’elle le pouvait.

Selon vous, Linda a-t-elle plus de chance d’être :

  1. Enseignante.
  2. Enseignante de yoga.
  3. Guichetière dans une banque.
  4. Vendeuse dans un magasin bio.
  5. Guichetière dans une banque et active dans le mouvement féministe.

La très grande majorité des gens (89 %) choisit la réponse 5 en dépit du fait que la probabilité que deux événements se produisent « ensemble » (proposition 5) est toujours inférieure ou égale à la probabilité qu’un de ces événements se produise.

Ce biais cognitif revient à se baser sur une représentation de la réalité ou sur des stéréotypes plutôt que sur une analyse statistique ou à généraliser à partir de cas particuliers ou d’exemples, sans se baser sur un raisonnement logique et probabiliste.

Psychologytoday – Linda The Bank Teller Case Revisited https://www.psychologytoday.com/us/blog/the-superhuman-mind/201611/linda-the-bank-teller-case-revisited

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