Comment éviter de dépenser son énergie inutilement et être efficace lorsque l’on a un enfant difficile ? Que vous pensiez que votre enfant soit difficile ou non, voici quelques conseils de bases pour les parents.

Texte et dossier écrit par Isabelle ROSKAM (Psychologue clinicienne)

Oser dire « non » et mettre des limites

Entre l’âge de 2 et de 5-6 ans, c’est aussi une période de développement au cours de laquelle l’enfant apprend les limites… et les teste. Nous avons tous en tête la fameuse période du « non » qui intervient autour de 18 mois-2 ans.

Ce « non » indique que l’enfant a compris qu’il était un individu à part entière, capable d’avoir des désirs différents de ceux de son père ou de sa mère. Il affirme ainsi son identité propre et c’est un progrès capital. La période du pouponnage est bel et bien finie. Commence alors pour les parents une période cruciale au cours de laquelle ils vont devoir « imposer » à l’enfant un ensemble de règles à respecter.

Là encore, on parle de période sensible parce que c’est à ce moment-là que l’on pourra installer le cadre de la manière la plus efficace. Il sera toujours possible de repréciser certaines règles plus tard mais, disons-le clairement, un enfant à qui on n’a pas mis de limites lorsqu’il était petit modifiera plus difficilement ses mauvaises habitudes plus tard.

Donner très tôt des repères et des limites clairs

Au contraire, un enfant qui a depuis toujours reçu des repères clairs, conservera ces repères dans les années qui suivent. Il deviendra progressivement capable de se gérer tout seul, c’est-à-dire de respecter les limites même lorsqu’il n’est pas sous la surveillance directe de ses parents. Ces derniers pourront alors privilégier des activités d’ouverture au monde, de découverte et d’autonomisation, tandis que leurs préoccupations strictement éducatives seront moins en première ligne.

L’école maternelle : une période cruciale pour structurer le comportement de l’enfant

La période qui correspond à l’école maternelle est donc une période cruciale pour structurer le comportement de l’enfant. On retiendra comme deuxième conseil général qu’il est primordial d’être au clair sur les limites qu’on souhaite inculquer à l’enfant entre l’âge de 2 et de 5-6 ans.

Ces deux premiers conseils soulignent le rôle essentiel des parents et des enseignants qui, chacun dans leur contexte, vont contribuer, à travers des moments d’apprentissage et de complicité avec l’enfant, à stimuler la maturation du langage, de l’attention, de l’inhibition, et du traitement de l’information sociale, tout en instaurant les règles du futur vivre ensemble.

Constituer un team – Parents – Enseignants

Ce conseil consiste à rappeler l’importance de la collaboration, à commencer par celle qui s’opère entre parents (mère et père), et entre parents et enseignant. Outre le soutien à l’image de soi en tant que parent ou enseignant compétents, la collaboration garantit la cohérence éducative.

Nous avons vu par ailleurs combien les enfants difficiles ont besoin de repères clairs, de limites explicites, de consignes précises et routinières. Et nous avons aussi souligné à quel point les enfants difficiles se plaisent à s’engouffrer dans les brèches ou les incohérences qu’ils identifient. Pour bien collaborer, il faut prendre le temps de se mettre autour d’une table pour se mettre d’accord sur les objectifs qu’on poursuit (les buts), sur la manière d’y parvenir (les moyens), et sur la manière dont on s’assure qu’on atteint les buts poursuivis (l’évaluation).

Cela implique parfois de se remettre soi-même en question. Il faut par exemple pouvoir accepter de se ranger à des objectifs négociés avec les partenaires du team même si ce ne sont pas forcément ces objectifs qui auraient été les nôtres prioritairement. Il faut aussi pouvoir remettre en cause des attitudes éducatives que l’on a en tant que parent ou en tant qu’enseignant, et accepter que l’on puisse en adopter d’autres jugées plus efficaces.

Un sentiment d’incompétence notoire

S’occuper d’un enfant difficile est une gageure… C’est fatigant et parfois décourageant. On a beau essayer de multiples solutions, ça ne fonctionne pas et il faut sans cesse remettre l’ouvrage sur le métier, comme si rien n’était jamais acquis. Ce ressenti, que partagent quasi tous ceux qui ont à prendre soin de ce type d’enfant au quotidien, provoque, comme je l’ai évoqué, un sentiment d’incompétence notoire. Ce sentiment-là mine la motivation… Quand on se sent nul dans un domaine, on n’a pas trop envie de s’y confronter et on préfère investir d’autres activités dans lesquelles on se sent plus à la hauteur.

C’est ainsi que certains parents vont se mettre à rentrer plus tard, préférant de loin prester des heures dans un boulot où ils sont reconnus pour leurs qualités, que d’être confrontés à leur incapacité à accomplir leur mission de parent. C’est ainsi que dans une salle d’attente, pour reprendre l’exemple avec lequel j’ai entamé cet ouvrage, on peut voir une mère assister sans réaction aux agissements désordonnés de son enfant.

Elle s’est désinvestie d’une mission – celle de faire obéir l’enfant, de lui faire respecter des consignes en attendant le dentiste – parce qu’elle a appris au fur et à mesure des expériences passées qu’elle était incompétente dans ce domaine, voire même que son intervention décuplait les comportements difficiles (en plus de courir dans la salle d’attente, l’enfant pique une colère en réaction aux réprimandes de sa mère).

Soigner son image de soi

Ce qu’il faut donc retenir comme troisième conseil, c’est de soigner son image de soi en tant que parent ou enseignant, pour éviter de ressentir cette perte de maîtrise totale. Comment y parvenir ? On peut par exemple rencontrer des parents ou des enseignants qui vivent une situation semblable et échanger avec eux. Les réseaux sociaux et les forums offrent actuellement des solutions très simples pour ce faire.

Ce qu’il faut donc retenir comme troisième conseil, c’est de soigner son image de soi en tant que parent ou enseignant, pour éviter de ressentir cette perte de maîtrise totale. Comment y parvenir ? On peut par exemple rencontrer des parents ou des enseignants qui vivent une situation semblable et échanger avec eux. Les réseaux sociaux et les forums offrent actuellement des solutions très simples pour ce faire.

Le carnet de bord

Les moments pénibles étant beaucoup plus saillants que les autres, nous avons tendance à ne plus considérer que ceux-là et à oublier que notre relation avec l’enfant est également riche et positive. Le jour où on a vraiment le moral dans les chaussettes, il faut penser à prendre ce carnet de bord et à relire toutes ces bonnes expériences afin de rebooster son image de soi et repartir du bon pied…

Ce carnet de bord doit aussi aider à identifier les moments de la journée ou de la semaine qui, de manière répétée, se passent bien. On peut alors réfléchir sur les ingrédients du succès pour tenter de les incorporer à d’autres situations moins faciles à gérer. On peut aussi faire en sorte que ces moments positifs se multiplient, en les provoquant à l’envi. Enfin, soigner son sentiment de compétence peut se faire grâce au soutien que nous apportent les proches, à commencer par le conjoint et l’enseignant pour le parent, et par les parents et les collègues pour l’enseignant.

Fixer des objectifs prioritaires

Il s’agit de déterminer des objectifs prioritaires et de renoncer à vouloir solutionner tous les comportements difficiles à la fois. On commence par faire la liste des comportements de l’enfant qui sont les plus dérangeants (il est agité et agressif, mais c’est l’agressivité qui est la plus pénible à gérer) et les moments de la journée qui sont les plus délicats à négocier (par exemple le bain à la maison et le rang à l’école).

La liste peut être longue et c’est l’occasion de se rendre compte qu’on est constamment « sur le dos » de l’enfant, à le réprimander. Or, lorsqu’on reçoit cinq remarques à l’heure, on finit par ne plus les entendre… c’est un phénomène normal d’habituation (tout comme si vous habitez à côté d’une voie ferrée où passent vingt convois par jour, vous finissez par ne plus les entendre et vous pouvez douter du fait que celui de 9hl3 est bien passé comme d’habitude !). Il faut donc, dans un deuxième temps, sélectionner dans la liste entre un et trois comportements-cible, pas davantage, qui feront l’objet d’une stratégie et d’une attention particulières.

Méthodologie pour définir les bonnes priorités

Pour aider à faire un choix parmi les situations qui posent problème, il est conseillé de classer les comportements difficiles qu’on a identifiés en trois colonnes : les « totalement inacceptables », les « embêtants mais tolérables pour l’instant » et les « tolérables sur un plus long terme ».

Il faut commencer par choisir dans la première colonne et faire l’effort de laisser momentanément tomber les autres. L’objectif est d’une part de diminuer le nombre de remarques adressées à l’enfant et, d’autre part, de vous permettre de concentrer vos efforts éducatifs sur un comportement (maximum trois) à la fois. Et vous, et l’enfant, aurez ainsi l’impression d’avoir des journées moins pénibles.

Outre la mise en trois colonnes, le choix doit être guidé par les valeurs et les priorités propres à chacun. Imaginons qu’entre autres choses désagréables, un enfant saute dans les canapés à la maison. Pour certains parents, faire cesser ce comportement constituera un objectif prioritaire parce que l’achat des canapés était un rêve et qu’ils ont épargné durant des mois pour se les offrir. Pour d’autres, qui se servent de vieux canapés récupérés chez un oncle décédé, l’enjeu sera inexistant et ils préféreront se focaliser sur d’autres comportements problématiques. Chacun, mère, père et enseignant, doit pouvoir exprimer ce qui le dérange le plus, lui en particulier.

Enfin, le choix des comportements à cibler pourra être guidé par le degré de collaboration entre parents et enseignant. Il sera en effet plus efficace de s’attaquer d’abord à des comportements difficiles qui s’expriment dans les deux contextes (famine et école). Cela permet de décider de moyens éducatif; et de stratégies de renforcement communs.

Évaluer les progrès

Un dernier conseil général est qu’il faut prendre le temps d’évaluer ce qu’on a décidé de faire. Imaginons que l’on ait bien identifié le comportement qu’on vise à améliorer, et les moyens d’y parvenir,… il faut aussi s’assurer que ça marche, que l’on progresse. Or si on s’appuie uniquement sur ses souvenirs, cette évaluation sera forcément un peu faussée. Les mauvais souvenirs sont en effet plus saillants ; on les retient mieux, ils prennent plus de place dans notre mémoire.

On peut alors avoir la fausse impression que ce qu’on fait ne sert à rien, ce qui n’est pas forcément vrai ! Évaluer permet de vérifier si on progresse et à quel rythme. Pour cela, il faut par exemple noter, chaque fois que la situation se présente, si on a réussi à contenir ou non le comportement de l’enfant, et comment on s’y est pris. On peut ainsi vérifier notre propre cohérence dans le temps. Évaluer permet de garder courage, car réguler le comportement d’un enfant difficile peut prendre du temps…

Pour aller plus loin…

Conférence d’Isabelle Roskam « Évaluer le comportement chez l’enfant » 

Texte et dossier écrit par  Isabelle ROSKAM

Université de Louvain UCL – Institut de recherche en sciences psychologiques

Isabelle ROSKAM est Professeure de psychologie et dirige une équipe de recherche à l’Université catholique de Louvain. Psychologue clinicienne, spécialiste de la petite enfance et de sa prise en charge, ses recherches sont unaniment saluées par le monde scientifique. Elle met également son expertise au profit de nombreuses associations d’aide à l’enfance..

 

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